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Du monde clos à l’univers infini :
l’art combinatoire de Laurence Broydé 

Jérôme Carrié

Graphiste de formation et ancien membre du collectif d’artistes ALaPlage, Laurence Broydé construit une œuvre singulière au croisement de divers médiums d’expression. Du graphisme à l’installation, du dessin à la sculpture, l’artiste mène des recherches artistiques différenciées et en même temps complémentaires. A la manière d’un hypertexte, l’art de Laurence Broydé compose un univers plastique dans lequel les couleurs, les formes et les matières sont utilisées avec une grande acuité. Ce qui frappe dans la trajectoire de Laurence Broydé, c’est indéniablement son sens de la composition, son utilisation extrêmement précise de la couleur, la plasticité et l’organicité des composants plastiques de ses œuvres.
Si nous prenons plaisir à appréhender ses images et ses objets, Laurence Broydé nous invite également à réfléchir à la définition de l’œuvre d’art en lui attribuant des fonctions divergentes ou contradictoires. Entre art, design et artisanat, son œuvre oscille sans cesse entre différentes polarités. Artiste-caméléon, Laurence Broydé transforme tout ce qu’elle touche en art. 

Dans les dessins que Laurence Broydé réalise en atelier, l’artiste crée des espèces d’espaces, pour reprendre les mots de Georges Perec, jouant sur les effets de perspectives et de planéité, de paysage et d’abstraction, de fluidité et de géométrie. Ces dessins sont le lieu d’une genèse de son travail dans lequel l’artiste laisse surgir son imaginaire débridé. L’artiste décline ses dessins en sérigraphie sur divers supports. Ce report du dessin à la technique de la sérigraphie offre à l’artiste la possibilité de réinterpréter son dessin initial par un travail de synthèse des formes et d’aplanissement de la couleur. Au-delà de ce passage du dessin unique vers le multiple imprimé, il me semble que cette pratique du dessin sur papier incarne un espace expérimental et ontologique dans lequel se déploient ses esthétiques et ses formalismes. 

Dans le secret de son atelier, Laurence Broydé développe un travail à la lisière de la mode, de la sculpture et de la performance. L’artiste réalise quotidiennement avec une grande patience des Sculptures à porter avec la technique artisanale du crochet. Cette pratique lente et manuelle offre à l’artiste une grande économie de moyens, un retour du geste du faire dans le processus de création ainsi que du corps dans le dispositif de monstration de la pièce. Ces volumes en laine, sortes de masques oblitérant autant le visage que la vision, transforment le corps en sculpture vivante. Là encore, l’artiste se joue des frontières entre art et design, arts plastiques et arts vivants, création de l’esprit et création artisanale. Tantôt sculptures sur un socle, accessoires d’une performance ou création de mode, ses sculptures changent de statut en fonction du contexte. 

Si l’artiste crée des formes qui peuvent sembler autonomes, elle induit toujours une mise en scène ou des modalités d’usage qui interrogent le statut de l’œuvre. 

En complément de cette pratique quotidienne du dessin et du crochet, Laurence Broydé produit de vastes installations se déployant dans l’espace à l’occasion des expositions auxquelles elle est invitée. À de multiples reprises, l’artiste a réalisé des dessins dans l’espace relevant à la fois du graphisme, de la scénographie et de l’installation. 

Ces interventions sont toujours le fruit d’une approche autant sensible qu’analytique des espaces dans leur singularité. Cette pratique de dessin mural est à la fois une appropriation de l’espace et un travail de déconstruction de la perspective. Jouant souvent avec des constituants simples comme la ligne, le noir et le blanc, ses dessins spatiaux opèrent des illusions de mouvement, des déformations optiques et des anamorphoses qui bouleversent la perception des lieux. 

Ce travail sur l’espace invite le public à s’immerger dans l’installation et à faire une expérience esthétique dans laquelle le corps dans son entier est sollicité. En effet, dans ces environnements plastiques, le corps du spectateur n’est plus « devant le tableau », mais devient un véritable acteur de l’œuvre. Ce type de productions, comme par exemple sa Zone d’exposition réalisée dans le cadre de l’exposition Igitur, met en évidence un questionnement fondamental sur la valeur d’exposition et sur la capacité de l’art à transformer littéralement notre expérience de l’espace. 

Ces dispositifs de déformation de l’espace physique s’incarnent d’une autre manière dans ce que l’artiste appelle les Open-spaces. Cette autre série de réalisations semble combiner l’œuvre autonome et l’espace réel dans lequel elle se donne à voir. Sculptures à mi-chemin entre le dessin, l’architecture et la peinture, les Open-spaces reprennent des éléments plastiques chers à l’artiste comme les dégradés de couleurs pour, comme leur nom l’indique, ouvrir l’espace à d’autres dimensions. L’artiste joue ici sur des effets de perspective et de planéité pour mieux déjouer les habitudes perceptives et ouvrir les potentialités de l’espace réel. Ces formes ont quelque chose à voir avec la physique quantique et les sciences de l’univers. Par les jeux de couleurs et les illusions de profondeurs qu’ils mettent en œuvre, les « Open-spaces » ont quelque chose d’énigmatique. Ils font apparaître une dimension spécifique et paradoxale de l’espace physique : un monde clos dans lequel semble se dessiner l’univers infini. C’est ainsi d’une manière personnelle et intuitive, et à l’aide de procédés purement plastiques que les œuvres de Laurence Broydé touchent ici la qualité d’un espace autre, une hétérotopie aurait pu dire Michel Foucault. Il y a également une forme d’utopie dans ses Open-spaces qui relèvent d’une esthétique quantique et de ce que je nommerais une phénoménologie du trou noir. 

Profondément nourri de graphisme aussi bien que de culture visuelle et populaire, le travail de Laurence Broydé se déploie dans toutes les dimensions de l’espace connu et inconnu.

Son parcours artistique décrit un mouvement du monde clos de la page vers l’univers infini de l’espace réel. Tout se déroule comme si l’artiste cherchait à s’évader de l’espace limité de la feuille de papier qui est pourtant la base de son travail. Son œuvre trace une ligne fuyante convergeant vers un seul et même point, à la manière d’une perspective classique dans un tableau de la Renaissance. Les espaces imaginaires que l’artiste crée dans ses dessins s’incarnent de plus en plus dans l’espace réel, déployant son vocabulaire plastique et symbolique dans les trois dimensions de l’espace. L’artiste ouvre un nouveau chapitre dans sa création en commençant à présenter dessins et sculptures au sein de ses installations. Par-delà la multitude des médiums et des supports, la démarche de Laurence Broydé explore ainsi le principe d’une combinatoire reliant la partie au tout et le tout à la partie. 


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16 rue Louis Lumière 44 000 Nantes
+33 614 450 705


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